Enjeu : encourager les pratiques pédagogiques numériques pour la réussite des étudiants en licence

À l’heure ou « l’université française renoue avec l’attractivité » (cf. gouvernement.fr/action/la-reussite-etudiante) et fait face au choc démographique (soit 38 700 étudiants supplémentaires en 2017), les questions de réussite des étudiants constituent plus que jamais un enjeu majeur.

En réponse à ce phénomène, des dispositifs d’enseignement numériques massifs et distanciels comme les MOOC (Cisel et Bruillard, 2012), mais aussi ceux intégrant autant que possible les évolutions du blended-learning (Graham, 2006) maintenant une forte présence humaine tout en mettant à profit la flexibilité offerte par le numérique (Nissen, 2014), font leur apparition.

En parallèle de ces dispositifs de formation, des outils numériques permettant aux étudiants d’appréhender l’organisation universitaire sont maintenant bien implantés (ex : Environnement Numérique de Travail, Moodle). Ils leur offrent les moyens de mettre en place une stratégie d’apprentissage (ex : gestion des documents pédagogiques, gestion du temps et de l’espace, gestion des démarches administratives, recherche documentaire), soutenue d’une part par des tuteurs qui apportent leur soutien méthodologique et psychologique aux nouveaux arrivants, et d’autre part par des modules de formation comme « apprendre à apprendre », « apprendre autrement » au cours desquels les étudiants appréhendent certains outils numériques les amenant à se questionner par exemple sur leur objectif professionnel, les moyens techniques et humaines indispensables pour l’atteindre, les compétences à acquérir, ainsi que les conséquences de leurs choix en matière de parcours.

En ce qui concerne l’activité enseignante, les approches par compétences (Loisy, 2020) au sein des équipes se déploient, les pédagogies par projets (Mailles-Viard Metz et al., 2017), les classes inversées/renversées, les escape games soutenus par le numérique sont mises en place par un certain nombre d’acteurs impliqués dans une démarche de formation avec le numérique. Ces mises en place de dispositifs ne constituent encore que des démarches isolées, « bricolées » et ne font pas toujours l’objet d’une évaluation systématique qui permettrait pourtant d’ajuster les dispositifs d’une année à l’autre, d’accompagner au mieux de nouveaux acteurs dans la mise en place de ces expériences de formation et/ou de conforter des pratiques qui pourront ainsi stabiliser progressivement.

Contexte et objectif : apprendre et enseigner avec le numérique

Dans la perspective d’inciter les enseignants à mettre en place de tels changements pédagogiques au sein de l’Université de Montpellier (UM), un soutien à la production de ressources numériques et au montage de dispositifs innovants a déjà été mis en place dans le cadre d’appels à projets annuels (soutenus par les référents numériques désignés pour chaque composante universitaire).

Aujourd’hui, afin d’évaluer les usages des ressources numériques produites (soutenu ou non par l’appel à projets), de mesurer l’effet des dispositifs proposés, de diffuser les résultats associés aux différents expérimentations menées, capitaliser le travail disparate mené au sein des différentes équipes pédagogiques de l’UM, le projet OTP-Num prend tout son sens. Il a pour objectif de :

  • rendre lisible l’ensemble des activités menées avec le numérique, mêmes celles qui ne n’ont pas fait l’objet d’une aide financière ;
  • proposer une méthodologie analyse scientifique de ces activités par l’identification d’indicateurs de mesure ;
  • lancer une dynamique durable en mutualisant et diffusant les résultats de ces expériences.

Ainsi, les activités menées dans le cadre du projet OTP-Num s’inscrivent dans la continuité d’une démarche plus générale d’amélioration de la qualité de l’enseignement à l’UM. Elles s’appuient sur des structures telles que la Direction du Système d’Information et du Numérique (DSIN) et plus particulièrement le Service des Usages du Numérique (SUN) venant en soutien à l’innovation pédagogique, mais aussi sur le Service Commun de Formation Continue des enseignants et enseignants-chercheurs.

Questionnement scientifique

Dans le cadre du projet OTP-Num, le travail scientifique consiste à étudier les effets de l’usage du numérique dans l’enseignement/l’apprentissage en premier cycle :

  • les outils numériques constituent-ils un levier pour favoriser les apprentissages chez les étudiants ? ou au contraire génèrent-ils de nouveaux obstacles ?
  • comment les outils numériques entrent-ils dans les pratiques d’enseignement ? dans le développement professionnel de chaque enseignant ? à quel niveau ?
  • comment le numérique facilite les interactions avec/entre les étudiants et/ou les enseignants ? sous quelles conditions ? dans quels contextes ?

Des questionnements plus spécifiques portent notamment sur :

  • les marqueurs/indicateurs/déclencheurs d’évolution de pratiques (étudiantes et/ou enseignantes) ;
  • la définition d’outils méthodologiques de mises en œuvre et d’analyse de situations pédagogiques ;
  • la notion d’accompagnement des étudiants et des enseignants dans des pratiques (d’apprentissage et/ou d’enseignement) innovantes, durables et contextualisées ;
  • des variables entre individus (enseignants et étudiants) selon leur genre, leurs motivations, leurs parcours de vie ou encore leur projet professionnel.

Les livrables proposés pourront prendre la forme :

  • de bilans qualitatifs et/ou quantitatifs des activités menées par les acteurs utilisant le numérique (étudiants, enseignants, référents numériques, etc.) ;
  • d’outils méthodologiques visant à positionner le travail accompli, les objectifs à atteindre, et/ou les stratégies envisageables ;
  • des recommandations pédagogiques pour la mise en place, le maintien et l’évaluation de ressources et/ou de dispositifs numériques.

Ces recherches s’inscrivent dans une approche scientifique participative ouverte aux collègues souhaitant participer à des réflexions s’organisant autour de différentes disciplines telles que les sciences de l’information et de la communication, les sciences de gestion, les sciences du langage et les sciences de l’éducation, etc. Cette démarche se veut également participative dans le sens où elle intègre dans ses réflexions les points de vue des différents acteurs impliqués dans le processus de formation universitaire (étudiants, enseignants, mais également référents numériques, responsable de composante, de formation, de parcours, etc.).

Références :

Cisel, M. Bruillard, É. (2012). Chronique des MOOC. Rubrique de la Revue STICEF, 19, ISSN : 1764-7223, mis en ligne le 16/01/2013, http://sticef.org

Graham, C. R. (2006). Blended learning systems. The handbook of blended learning, 3-21.

Loisy, C. (2020). Accompagner les transformations de pratiques enseignantes dans le supérieur, dans Notion d’aide en éducation, Pélisssier C, ISTE, pp. 161-186.

Mailles-Viard Metz, S., Lê Hung M., Pélissier, C., et Kennel, S. (2017). Le projet : les pratiques en IUT. L’Harmattan. 212 pages, http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=52908

Nissen, E. (2014). Les spécificités des formations hybrides en langues. Apprentissage des langues et systèmes d’information et de communication, 17. Repéré de http://alsic.revues.org/2773 ; DOI : 10.4000/alsic.2773

Equipe du projet :

De Ceglie, A., Chollet, A., Pélissier, Ch. & Zwang, A.

Documents produits :

Rapport d’enquête sur les enseignements en lien avec le numérique (juin 2020)

Rapport d’enquête auprès des référents numériques durant le confinement (juin 2020)