Anna Barry (Open Lab In’Pact, CeDS, Université de Bordeaux)
« Styles d’enseignement et réussite étudiante : le cours magistral est-il vraiment tombé en désuétude ? »
Mercredi 20 avril 2022, 17h00-18h30

Vidéo de la conférence disponible en ligne : ici

Résumé
Le contenu de la présentation s’appuie sur les résultats d’un travail de thèse mené entre 2015 et 2018 sur une question qui agite la noosphère : la réussite des étudiants. A l’heure où l’on préconise une transformation des pratiques pédagogiques dans un souci de promotion de la réussite, nous nous proposons d’interroger le concept de « cours magistral » dont les modalités – bien plus hétérogènes que ce que laisse croire la littérature actuelle – ne sont pas sans effet sur les manières d’étudier et de composer des étudiants.
Comment expliquer que certains étudiants travaillent mais ne réussissent pas ? Au-delà de l’effet des Arrière-plans scolaires et familiaux, ce travail dénaturalise les déterminants classiques (psychologisants ou sociologisants, sur lesquels il est impossible d’agir) de la réussite académique et examine une entrée tout à fait nouvelle à l’université et pourtant centrale : les styles d’enseignement. Il s’agit de mettre en évidence les effets des styles d’enseignement des professeurs sur les manières de prendre des notes des étudiants, qui, elles-mêmes, déterminent in fine des postures différentes face à l’évaluation des acquis au moment de la rédaction des copies d’examen.
Les résultats contribuent significativement à mieux comprendre non seulement pourquoi une proportion non négligeable d’étudiants s’interdisent en quelque sorte de « penser », c’est-à-dire de faire des liens, de prendre des « risques » dans l’usage qu’ils sont conduits à faire des concepts qui leur ont été enseignés ; ils montrent surtout que les formes d’organisation des enseignements magistraux peuvent varier considérablement d’un professeur à l’autre, y compris dans la forme classique du cours magistral, et que ces manières hétérogènes d’enseigner peuvent infléchir significativement les destins de ces étudiants qui se fourvoient en pensant qu’il suffit seulement de mémoriser les contenus des enseignements et de les restituer lors des évaluations académiques pour satisfaire aux attentes de l’institution.
En montrant que le cours magistral peut engendrer des phénomènes de dévolution au plein sens de la théorie des situations, ce travail permet du même coup de restaurer pleinement la responsabilité des professeurs par la prise de conscience des effets possibles des conditions pédagogiques sur les constructions des postures estudiantines. Il rompt ainsi avec un certain fatalisme et livre à la communauté universitaire quelques clés d’entrée possibles pour éclairer des zones d’ombre praxéologiques, susceptibles de tordre le cou à quelques idéologies pédagogiques ambiantes.

Thèse en lien avec ce séminaire
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